LITTER'NATURE : Littérature & Nature

Inauguration du blog de Olivier-Grenoble

Bonjour

Si vous lisez ce message c'est que vous êtes arrivé sur "Litter ' Nature" (probablement un peu par hasard ?).

J'espère ne pas vous décevoir avec ces premiers textes (dans les messages ci-dessous) qui, entre les lignes, exposent un peu la philosophie de vie à laquelle je suis arrivée après quelques péripéties de vie : "carpé diem" ("profite du jour" : la sage devise des épicuriens).

Pratique: j'ai commencé à créer des pages parallèles pour regrouper dans l'ordre chronologique les petites nouvelles et haïkus que j'édite ( voir la rubrique "page" au milieu de la colone de gauche )

Mes vacances sont finies : ça y est c'est partie pour une petite nouvelle intimiste et psychologisante en 7 épisodes : publication hebdomadaire tous les jeudis: à suivre donc... Bonnes lectures !

A bientôt

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12 février 2017

Nouvelle : PECHE AUX SOUVENIR N°4

Chapitre IV : LE PÈRE

 

Enfin seul, Alexandre se replonge dans sa mémoire à la rencontre du petit garçon blond : il patauge dans la flaque, comme devait le faire le gamin, pour mieux se concentrer, laisser remonter ses souvenirs et avancer dans sa quête de l'identité du bambin. Il entend un brouhaha et devine que sa chambre est de nouveau envahie : il décide d'ignorer ses visiteurs importuns, comme il a dédaigné le jus de fruit…

Lentement, une voix se fore un chemin dans son esprit : une voix caverneuse, mais chaleureuse, à l'accent du sud-ouest marqué, une voix gravée au plus profond de son histoire : celle de son père ! Il lève les yeux sur son émetteur : un homme grand, légèrement bedonnant, à la calvitie prononcée et aux traits du visage empâtés. Il est étrangement vêtu pour un notaire : il porte une longue blouse blanche, mais cela semble être la mode ici. Il ne reconnaît pas vraiment les caractéristiques de son géniteur, mais sa vue est faible et imprécise, il décide donc de faire confiance à son ouïe, encore fiable elle, content d'avoir retrouvé son père pour le protéger de Beth...

Son père n'est pas seul : l’infâme Beth l'accompagne ainsi que Clara et une étrangère entre deux âges.

­      - Comment ça se passe avec monsieur Dubois ? interroge l'homme en blanc.

      - Difficilement docteur : il est de plus en plus agressif !

­      - Agressif ?

­      - Oui, ce matin il m'a frappé sans raison, alors que je l'amenais en douceur à sa douche, affirme sans vergogne l'infirmière, on devrait reprendre les piqûres à mon avis.

      - Ha, les piqûres ! Est-ce bien nécessaire ?

Le mot « piqûres » tire le vieillard de son retrait obstiné :

      - Non papa, pas de piqûres ! Pas les piqûres, ça fait trop mal : après j'ai les fesses qui me brûlent !

      - Vous n'aimez pas ça ?

      - Pas du tout ! Je n'irai plus dans votre chambre ! Promis ! J'obéirai à Capucine ! Promis !

      - À Capucine ?

      - Oui, Capucine, la baby-sitter qui nous garde quand vous allez au théâtre avec maman…

      - Vous voyez bien qu'il est confus docteur : les piqûres, voilà ce qu'il lui faut…

      - Il prend bien ses gouttes ? interroge la voix grave.

      - On lui met dans sa soupe, il les avale sans s'en apercevoir, concède mécaniquement l'infirmière.

      - Parlez-moi de cette chambre avec Caroline, monsieur Dubois…

Le vieillard explique que ce soir-là il avait voulu profiter de l'absence de ses parents pour entrer dans leur chambre, voir pourquoi elle leur était interdite, à sa sœur et à lui, depuis six mois, alors qu'avant ils venaient le dimanche se blottir dans le lit parental, pendant que la bonne préparait le petit-déjeuner. Capucine lui avait rappelé cette interdiction, mais Alex n'en avait pas tenu compte et ouvrit la porte d'une main ferme, cependant il pénétra dans la pièce uniquement du regard, pour limiter son intrusion... Presque à son insu, la baby-sitter le laissa s'emparer ainsi des lieux, des yeux seulement, estimant que tant qu'il n'y mettait pas les pieds cela restait tolérable. Lui avait tout de suite remarqué le changement : le grand lit avait été remplacé par deux lits jumeaux une place, séparés par un imposant paravent japonisant. Son âme d'enfant ne pouvait pas mettre de sens sur ce spectacle et il referma la porte, perplexe : qu'est ce que ses parents cherchaient à leur cacher ? Il ne pouvait pas deviner la cause de leur brouille...

Pris dans ses justifications, le patient n'écoute plus le dialogue des soignants qui, d'ailleurs, parlent sans tenir compte de lui.

      - Promis papa, promis, je n'ouvrirai plus la porte ! Mais dit à Beth de me fiche la paix : je veux plus la voir...

     - Vous voyez bien qu'il est perdu, il mélange tout, il nous prend pour d'autres et du coup il nous frappe ! Dites-lui chef que c'est insupportable maintenant pour le personnel, dit l'infirmière en se tournant vers la deuxième femme, qui n'avait encore prononcé aucun mot.

      - Oui, il faut faire quelque chose, encore qu'avec Anne-Marie ça se passe bien.

      - Alors demandez à Anne-Marie de s'occuper le plus possible de lui, elle est très patiente…

      - C'est vrai, mais elle n'est pas tout le temps là, explique la chef. Quoi qu'il en soit, pour lui aussi ce n'est pas bien de le laisser dans cette confusion : faites quelque chose docteur.

­      - Bon, et bien ajoutez cinq gouttes, le matin, dans son café… Monsieur Dubois c'est fini les piqûres. Maintenant c'est Anne-Marie qui va s'occuper de vous, mais soyez calme quand elle n'est pas là, dit le médecin lui tenant la main après s'être approché.

­      - Merci papa, merci, tu es gentil, dit le vieillard en serrant la main paternelle.

      - Mais que font les femmes de services ? Pourquoi a-t-il les pieds dans l'eau ?

      - Il ne veut pas que je l'éponge, se justifie timidement la stagiaire...

      - Pas grave ! Ne le contrarions pas plus : c'est un mauvais jour à passer. Mais apportez-lui de suite ses cinq gouttes...

Ceci dit le groupe part, l'abandonnant à ses pensées. Tout semble pour le mieux : Beth va le laisser tranquille, personne ne parle plus de lui enlever la flaque d'eau, il va revoir Anne-Marie. Il peut se concentrer à sa tache du jour : retrouver le petit garçon souriant…

A suivre...

Olivier Grenoble

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Nouvelle : PECHE AUX SOUVENIR N°3

Chapitre III : CLARA

Rasséréné par cette perspective de vengeance, et, surtout, de ne plus avoir de piqûres, Alexandre se concentre sur ses pieds qu'il a trempés dans la flaque. Bercé par la pluie sur les vitres, le souvenir de l'enfant blond revient agréablement à son esprit, remontant le long de ses jambes, puis de son corps. Il en jubile, mais, très vite, la question de savoir qui c'est le taraude à nouveau : il se replonge dans sa mémoire à la recherche de la réponse qui l'apaisera. Entre alors une jeune femme brune qui lui propose un flacon de jus de fruit. Que lui veut-on encore ? Ne peut-on pas le laisser tranquille avec ses souvenirs ! Pourquoi veut-on l'empêcher de reprendre contact avec l'enfant ? Exaspéré, il lève les yeux sur la nouvelle venue...

Une pensée fulgurante émerge : c'est Clara ! Clara la petite bonne ! Il s'en souvient bien : cette silhouette menue, ce port de tête altier, malgré sa condition à la maison, sa longue natte noire, et, surtout, ce visage franc aux joues roses, qui laissent deviner une peau si douce à caresser du bout des lèvres, oui c'est la douce Clara ! Son amour de jeunesse est revenu : alléluia ! Cela le rassure et compense un peu la présence de la grande Beth. Il se remémore avec plaisir les moments où il l'épiait, rieuse, attablée à la terrasse de la brasserie avec ses cousines, le dimanche après-midi. Et puis, pourquoi devrait-il s'en cacher, cela lui rappelle ses premiers émois d'adolescent et le tendre corps à corps dans lequel ils ont consumé leurs virginités… Bon, là, il est devenu trop vieux pour elle, qui est encore bien jeune, satanées piqûres, mais le souvenir est agréable et illumine cette triste matinée…

­       - Bonjour Clara. Tu es revenue ? Les parents ne sont plus fâchés après toi ?

­       - Bonjour monsieur Dubois, je m'appelle Carla, pas Clara, et je suis la nouvelle stagiaire.

­      - Pourquoi me mens-tu ? Pourquoi dis-tu Carla alors que tu es Clara ? Tu m'en veux encore que les parents t'aient chassée de la maison, en te traitant de traînée ? J'y suis pour rien tu sais !

­       - Vous devez confondre monsieur Dubois ! Je viens juste d'arriver en stage ce matin, on s'est jamais vu avant …

Pourquoi nie-t-elle l'évidence ? Pourquoi s'obstine-t-elle à le contrarier elle aussi, elle qui a été si gentille avec lui, il y a pas si longtemps ? Encore un coup de la grande Beth ! Et puis c'est quoi « une stagiaire » ?

­       - Si t'es pas Clara, que fais-tu ici ? Pourquoi viens-tu me déranger ?

­       - Je suis là pour apprendre mon futur métier.

­       - Et c'est quoi ce métier ?

­       - Aider les gens, faire le ménage, apporter à boire et à manger, faire les lits...

­       - Tu vois bien que t'es une bonne ! Pourquoi mens-tu ?

­       - Je suis une sorte de bonne, oui, on peut dire ça comme ça, si vous le voulez..., dit-elle, le rouge aux joues, ce qui la rend encore plus désirable.

Elle se dit qu'il a dû entendre son nom dans le couloir et qu'il la confond avec une autre, connue dans sa jeunesse ; elle sait que dans l’Alzheimer les souvenirs anciens survivent longtemps et s'imposent au présent : elle décide d'être patiente avec lui.

­       - Et là alors, que viens-tu faire ? À me déranger…

       - Je vous apporte du jus de fruits : vous voulez orange ou pomme ?

       - Du jus de fruits ! À cette heure ! Drôle d'idée...

       - C'est le médecin qui vous l'a prescrit : c'est plein de vitamines, ça vous réveillera…

       - Me réveiller ! Je suis bien assez réveillé après la douche avec l'horrible Beth !

       - Beth ? interroge-t-elle surprise.

       - Oui, la harpie aux cheveux blondasses comme une filasse…

       - Ha… Alors pas de jus de fruits ?, propose-t-elle, décidée à ne pas trop le contrarier.

       - Non !

       - Pourtant, tente-t-elle, dans un ultime élan de professionnalisme, le jus d'orange c'est bon pour la mémoire : les vitamines…

       - Pour la mémoire ?

       - C'est le médecin qui le dit.

       - Alors je vais savoir qui est le petit garçon ? Donne m'en deux !

       - Deux c'est lourd à digérer, commencez par un.

       - D'accord, alors un, ma petite Clara…

La stagiaire ouvre le flacon et cherche un verre sur la table de chevet. Ce faisant elle découvre une antique montre à gousset. Elle la prend dans la main et admire cet objet d'argent fortement patiné, ce qui suggère une longue vie dans de multiples poches. Elle caresse les motifs finement ciselés du verso, puis elle observe de près les reflets miroitants de l'écran de nacre, incrusté de chiffres noir jais.

       - Ne touche pas ça ! C'est à moi ! Voleuse ! Les parents avaient raison...

       - Je la regardais juste : je vous la rends. Elle est vraiment très belle ! C'est un souvenir ?

       - Oui, un cadeau de grand-père. Il me l'a donné, car je suis son préféré...

       - Elle n'est pas à l'heure : vous voulez que je vous la règle ?

       - Non. De toute manière elle marche plus depuis longtemps… Rends-la-moi ! Vite !

Elle porte la montre à ses oreilles pour vérifier l'absence de tic-tac. Puis, comme il tend une main tremblante, mais impérieuse, elle pose dans sa paume l'objet précieux, sans le faire attendre plus. Dans sa fébrilité il la fait tomber. Elle se baisse pour la ramasser, la regarde et lui tend.

       - Excusez-moi : le verre s'est fendue !

       - Ma montre ! Qu'as-tu fait, malheureuse !

       - Je peux la faire réparer si vous voulez...

       - Non, ça suffit, tu as fait assez de dégâts comme ça !

       - Regardez : les aiguilles bougent : elle remarche ! Vous allez pouvoir savoir l'heure comme ça maintenant…

       - Savoir l'heure ! Pour quoi faire ?

       - Organiser vos journées, je sais pas...

       - Organiser mes journées ? Drôle d'idée ! Je n'ai rien d'autre à faire que penser. Pas besoin d'heure pour ça...

       - Vous n'êtes pas content qu'elle remarche ?

       - Non, je m'en fiche ! Et puis à quoi ça sert de voir passer le temps ? Juste de me sentir vieillir encore plus vite…

Confuse, la stagiaire cherche à se rendre utile. Elle vide le jus de fruit dans le verre, approche la table du fauteuil et pose la boisson dessus. Lui ne dit rien, les yeux braqués sur le cadran, fasciné par le mouvement fatidique des aiguilles. Elle remarque qu'il a les pieds dans l'eau et lui dit qu'elle va vite revenir avec une serpillière. Il crie qu'il ne veut pas. Qu'elle parte au diable ! Vite ! Qu'on lui laisse cette flaque miraculeuse… Pourquoi veulent-elles toutes l'empêcher de penser au petit garçon si charmant ? Qui viendra à son secours ? Journée de malheur…

A suivre...

Olivier Grenoble

 

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Nouvelle : PECHE AUX SOUVENIR N°2

Chapitre II : BETH

 

L'infirmière le saisit par le bras et le tire vers la douche, loin de la flaque d'eau.

­        - Non, non, pas maintenant ! Pas avec vous ! Anne-Marie m'a promis…

        - Allons, allons, pas d'histoire : j'ai pas de temps à perdre !

        - Non, non, je veux pas ! Pas avec vous…

        - Vous êtes un enquiquineur monsieur Dubois ! Mais je sais comment faire avec les rebelles dans votre genre…

D'un coup, cette phrase assassine a détruit les subtiles et envoûtantes harmoniques de la pluie sur les vitres…

        - Vous ne m'aurez pas ! Je me laisserai pas faire ! Lui lance-t-il au visage, mobilisant toutes les ressources de son souffle asthénique, comme lorsque, jeune écolier, il jetait de ses faibles forces des cailloux dans la vitre de son institutrice sévère et injuste…

        - Taisez-vous ! C'est moi qui commande ici ! dit-elle en le poussant dans la salle de bain.

Désespéré, il lui donne un léger coup de pied dans la cheville, bandant ses forces défaillantes.

        - Ha ! Ne me frappez pas ! Sinon ça sera la piqûre ! Ça sera vite fait…

        - La piqûre, la piqûre ! Vous ne pensez qu'à ça ! Vipère !

        - Restez poli ! Je vais en parler à la chef, vous verrez que vous l'aurez votre piqûre…

Une fois dans la salle de bain, elle le déshabille sans ménagement, le pousse sous la douche et le mouille d'un jet fort, sans lui demander si la température de l'eau, froide, lui convient. Elle le savonne vigoureusement, lui mettant de la mousse plein les yeux, le frottant brusquement, meurtrissant sa peau sensible ; puis elle le rince brièvement et l'essuie comme on étrille un cheval. Elle lui remet son pyjama souillé et lui enfile une robe de chambre, à l'envers, en disant qu'on viendra finir ça plus tard quand on en aura le temps. Ha, combien il regrette la douche manquée avec la douce Anne-Marie !

Mais qui est cette harpie, pour se permettre autant de familiarité et de brusquerie avec lui ? : Oui, qui est-elle ? Son physique lui dit quelque chose : il cherche méthodiquement dans sa mémoire rouillée, remontant laborieusement de souvenir en souvenir… Soudain sa pensée s'éclaire : la grande Beth ! Oui, la cousine Élisabeth ! Il la reconnaît : c'est elle ! Ce corps filiforme, cette poitrine presque sans mamelle, cette chevelure filasse, qui pendouille, ce visage chevalin, ces longues dents prêtes à mordre, ce nez en forme de bec de vautour, ces yeux de hibou énormes, qui scrutent à la recherche d'une proie : oui c'est elle, c'est la grande Beth ! Malheur !

Malheur oui, car elle l'a toujours pris comme souffre-douleur, fière d'être en avance à l'école, alors que lui avait redoublé son CP. Il se rappelle de cette fameuse Épiphanie : pour une fois il avait tiré la fève, il était le roi de la fête, rempli d'importance. Plein de bonne volonté, il avait choisi sa cousine comme reine, et elle avait refusé en ricanant : « Moi ta reine ? La reine d'un âne ? Plutôt crever ! », il en avait pleuré…

Plus tard, adolescents, elle se moquait encore de lui, car il travaillait, à ses heures perdues, comme serveur dans la brasserie du grand-père. Il était fier de prendre les commandes sans les noter, de porter le plateau à une main sans jamais rien renverser, mais, grisée par les cours de soutien scolaire qu'elle donnait, se prenant pour un professeur, elle le traitait de larbin… Il avait grandi, cela lui glissait dessus… Enfin presque, car leur grand-mère vénérée partageait le point de vue de Beth : pour elle il était plus noble d'enseigner que d'obéir. Alors, dès qu'il le put, il fuit les réunions familiales, échappant ainsi à l'odieuse cousine. Et là, la voilà revenue ! Malheur, oui…

Cette toilette vite expédiée, et l'habillage encore plus rapidement bâclé, elle le conduit d'autorité au fauteuil, où elle l'attache avec un drap. « Pour pas que vous nous causiez d'embarras en vous levant, on se demande bien pour quoi faire... ». Elle ne l'a pas remis au lit, c'est déjà ça : il a été rapproché de la pluie et de la flaque…

Ouf, elle est partie ! Elle lui a gâché son réveil et sa douche : il en pleure, redevenu enfant. Les larmes coulent sur son visage, mouillant ses lèvres, cela le ramène à la pluie, et, par là, à la petite mare intérieure. Il étend les pieds, qu'elle a laissés heureusement nus, il tâte le liquide froid : l'image de l'enfant blond revient, il s'apaise… Il cherche le fil de ses pensées initiales, tranquillement calé dans le fauteuil. Hélas son esprit est parasité par sa découverte de l'identité cachée de l'infirmière : il ne peut pas se détacher de cette inquiétante nouvelle…

Brusquement un fait le frappe en plein visage : elle a maintenant au moins trente ans de moins que lui, alors que, enfants, ils étaient conscrits ! Pourquoi est-il devenu si vieux et pas elle ? Oui, pourquoi ? Et, surtout, comment ? Encore un coup tordu de l'infâme cousine ! Mais comment fait-elle ça ? Oui, comment a-t-elle fait ça, elle, car c'est de sa faute, il en est sûr… Les piqûres bien sûr ! Oui, toutes ces piqûres qu'elle lui fait dès qu'il proteste un peu pour se faire respecter… Ce sont ces piqûres qui l'on fait vieillir si vite et qui le poussent, lentement mais sûrement, dans la tombe : la garce !

Il se révolte, mobilisant ce qui lui reste de forces mentales. Il va se plaindre ! Oui il va se plaindre ! Mais à qui ? Qui est le chef ici ? Il doit bien y avoir un colonel. Non, pas de colonel, on n'est pas à l'armée… Un directeur alors ? Oui un directeur, il y en a toujours. Mais il ne l'a jamais vu… Un médecin alors ! On est à l'hospice a-t-elle dit, alors le monsieur en blouse blanche qui passe tous les matins doit être le médecin : il faut bien qu'il y en ait un. Il va se plaindre à lui et elle va voir ce qu'elle va voir, la traîtresse...

A suivre...

Olivier Grenoble

 

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Nouvelle : PECHE AUX SOUVENIRS N°1

Ce texte débute la publication à épisodes d'une nouvelle en 7 chapitres (rythme prévu : 1 par semaine les jeudis)

Chapitre I : LE PETIT GARÇON

 La pluie, qui tambourine avec vigueur sur les carreaux délavés, perce petit à petit ses rêves décousus. Son ouïe, seul organe encore fidèle de son corps qui se défait lentement, le tire de son sommeil léger et l’amène à la conscience. Il soulève précautionneusement les paupières, croise ses mains chenues, à la peau plissée, sur son torse osseux, que permet d'entrevoir sa chemise déboutonnée. Puis, attiré par la pâle lumière du jour naissant, il pose son regard vide sur les vitres, le long desquelles coulent des traînées d’eau claire. À sa demande, les volets ont été laissés ouverts hier soir par Anne-Marie : il aime être réveillé tôt, pour profiter des lueurs de l’aurore ; c’est, avec l’orage et l’éclat du soleil de midi, l’une des rares manières dont il peut jouir de la nature maintenant, lui qui l’a tant parcourue...

 On frappe doucement à sa porte : « Un café et deux biscottes beurrées, Alex ? », lui propose Anne Marie. Elle est la seule personne à le nommer Alex ici, alors qu’il s’est fait appeler ainsi toute sa vie : pourquoi ? C’est, pourtant, si bon d’entendre son diminutif de jeunesse, qui lui dit qu’il est encore lui-même ! Il apprécie son interlocutrice pour ce simple fait ; et aussi pour la manière tendre avec laquelle elle lui coiffe des doigts sa longue frange blanche, pour lui dégager les yeux, même si sa vue est devenue trop trouble pour qu’il distingue les traits des visages. La jeune femme sourit à la face hirsute du vieillard, en émiettant les biscottes dans le café ; puis le laisse boire à la cuillère ce mélange spongieux, sur lequel flottent les taches du beurre fondu. Cela ne le gêne pas, ainsi il se souvient des chocolats chauds que lui préparait sa grand-mère, en y mouillant des croûtons de pain maison …

 « À tout à l’heure pour la douche, vers dix heures », lui précise-t-elle en le quittant ; après avoir vérifié qu’il ait sa serviette bien en place au tour de son cou ridé, pour éviter qu’il se trempe avec le café qui goutte de la cuillère. « À tout à l’heure, oui, mais pas trop tôt …», répond-il doucement de sa voix chevrotante et atone. Bien qu’il ne soit pas tard, il mange le plus vite que lui permet sa déglutition laborieuse : il ne sait pas clairement combien de temps il lui reste jusqu’à dix heures, mais il veut avoir un long moment pour penser, pour penser à rien, ou presque, mais cela est si bon… Souvent, il gagne du temps, pour mieux en perdre ensuite, même si ses journées sont surtout pleines de vides, mais de cela il n’en a pas vraiment conscience…

 À grand peine, il pèche tous les morceaux de biscottes, puis boit le fond de café, non sans en verser un peu sur la serviette, le bol frémissant dans ses mains tremblantes. Cela lui est égal, il va pouvoir reprendre son activité favorite : fixer la fenêtre. Il pose, en tâtonnant, le récipient sur la table de chevet, s’essuie les lèvres, mais pas le cou, respire fébrilement deux inspirations de son souffle court, puis laisse son esprit divaguer sur les carreaux. Ses yeux se perdent dans la terne clarté qui filtre des ondées et qui se reflète harmonieusement dans les teintes grises de ses pupilles. On l’a souvent félicité pour son regard de cette couleur rare, qui lui donne un air sombre et sérieux ; mais aujourd’hui, en fait, il se sent d’humeur légère, malgré le temps. De toute manière il n’a pas prévu de sortir et a toujours aimé la pluie…

 Connaissant bien sa chambre, il devine, sans le voir à cause de sa vision trouble, que les rafales s’insinuent sous les battants disjoints de la fenêtre. Il sait qu’une flaque se forme petit à petit sur le carrelage, car il entend un filet d’eau goutter ; fasciné, il se laisse absorber par cette sonate subtile, à priori banale pour n’importe qui, mais pas pour lui aujourd’hui. Par touches balbutiantes, un souvenir remonte de sa mémoire encombrée : un garçon, un petit garçon, un petit garçon blond, habillé tout en bleu, en short et en sandales, bien qu’il bruine ; une flaque d’eau, boueuse, l’enfant qui y court, y saute, puis qui y fait flotter des feuilles mortes pour de lointaines croisières ; mais aussi : une femme au visage courroucé, elle va devoir laver les vêtements tout neufs, et un homme au regard indulgent… La scène se dessine de plus un plus clairement, un moment heureux de l’ancien temps…

 L’enfant se lève, le fixe et, sans hésiter, lui sourit, et lui, bien sûr, il lui rend son sourire ! Mais qui est ce tendre marmot, là si vivant ? Sa mémoire trébuche… C’est Jean ! Jean son aîné… Jean, sa fierté ! Non, Jean était très discipliné et châtain, l’enfant est blond : alors qui ? Alors Pierrot ! Pierrot le cadet qui n’en faisait qu’à sa tête ! Oui Pierrot ! Pierrot, ce coquin, ce charmeur… Mais Pierrot est rouquin ! Alors qui ? Sûrement un de ses petits-fils… Mais lequel ? Il en a eu sept… D’ailleurs comment s’appellent-ils ? Ils sont si nombreux, et cela fait si longtemps qu’il ne les a pas vus, et puis il parait qu’ils ont bien grandi, après tout il est très vieux, lui, maintenant…

 Il cesse de fouiller sa mémoire plus avant, c’est trop douloureux… Pourtant, il ne veut pas perdre son passé, son précieux passé ! Comment vivre sans passé, quand on est si âgé, que le futur est chichement compté et le présent tellement vide ? Il ne peut y renoncer, ou alors autant mourir de suite ! La pluie redouble de vigueur, elle semble, ainsi, le guider sur le chemin vers ce chérubin qui lui tend les bras. Il soulève les draps et découvre ses longues jambes marbrées et décharnées, lui qui a été un si bon marcheur ! Laborieusement, il s’assoit au bord du lit et pose prudemment ses pieds tordus sur le sol froid. Il décide de s’approcher de la flaque fraîche, la toucher, porter son eau à ses yeux pour s’éclaircir la vision et, par là, ses souvenirs…

 Une femme en blanc entre sans frapper :

            - Déjà debout monsieur Dubois !

            - Heu... Heu, oui…

            - Vous voulez que je vous fasse votre douche maintenant ? Vous avez l’air pressé ce matin !

            - Faire ma douche avec vous ! Mais pourquoi ?

            - Mais enfin monsieur Dubois, on est à l’hospice !

            - À l’hospice ! Moi !

            - Bien sûr, et depuis longtemps…

            - Mais pourquoi ?

A suivre ....

Olivier Grenoble

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ROMA Ô ROMA

TEXTE 8 : petit Haïku

ROMA Ô ROMA !

Peuple éternel

Fontaines, églises, ruines

Ville sublime !

Olivier Grenoble

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17 juillet 2016

UNE RENCONTRE PREMEDITEE (Nouvelle en trois épisodes)

TEXTE N°7 -2 Petite nouvelle en trois épisodes

Et voici la suite des deux textes précédents ( = ceux qui sont après, vu l'affichage du blog !)

Troisième partie : ADOPTIONS ?

- Patricia, je pourrais te dire une chose, une chose grave. Une chose qui nous séparerait définitivement … Ou nous rapprocherait. Qui sait ? Mais serait-ce une bonne idée de te dire ça ? Marmonna doucement Helen, plus pour elle-même que pour sa compagne.
Celle-ci, d’ailleurs, ne releva pas la remarque et continua à pleurer. Le silence s’éternisa, on entendait juste les doux sanglots de la jeune femme. Le patron s’approcha :
- Allons bon ! Cette fois c’est la demoiselle ! Drôle de soirée : tout le monde pleure ! Manquerait plus que je m’y mette … Allons la belle, ça va passer pour vous aussi ! Je vous sers un autre petit remontant ? Un autre irish ?
- Non merci.
- Non merci.
- C’est une heure : je vais fermer. Mais vu que vous dormez là, vous pouvez rester ici. Vous éteindrez juste la lumière en montant. Vu que vous êtes seules maintenant, vous pouvez fumer, si le cœur vous en dit …

L’homme les quitta, ferma le rideau roulant, les privant des lueurs rouges de l’enseigne, et les laissa dans la semi-pénombre, ayant éteint les plafonniers. Helen sortit un paquet de blondes, en offrit une à sa compagne qui refusa,  la mit entre ses lèvres, prit un briquet en argent, alluma la cigarette et fuma distraitement, le regard dans le vague. Puis, d’une voix basse, presque inaudible, elle commenta, toujours plus pour elle-même que pour Patricia :
- Nos histoires n’ont pas que la lande en commun, la vieille Jeanne savait ce qu’elle faisait en nous réunissant ce soir …

Jeanne avait été une nonagénaire excentrique, et aussi une peintre qui avait atteint une certaine notoriété, elle avait amassé ainsi un pécule non négligeable, fortune qu’elle partageait par testament entre sa parentèle élargie, n’ayant pas eu d’enfants. Cette originale avait mis des conditions précises à ses legs : quelqu’un devrait prendre soin de son chat (cela serait Helen),  les bénéficiaires devraient tous assister à ses obsèques (cela les deux femmes le comprenaient facilement), et, après la cérémonie, les légataires devraient passer la soirée et la nuit ensemble par paires, paires que la défunte avait nommées dans son testament (cela était vraiment étrange). C’est ainsi que Helen et Patricia étaient réunies ici pour cette longue discussion.

La tante Jeanne savait ce qu’elle faisait en nous réunissant, pensa Helen ! Mais était-ce une raison pour en dire plus à Patricia ? Elle était assez malheureuse comme ça ! Pourquoi l’embarrasser avec ce qui lui vrillait son cœur à elle, Helen ? Patricia était jeune, elle avait la vie devant elle ; Helen décida que le mieux était de ne plus lui encombrer davantage l’esprit avec ses propres regrets … Aussi, méditative, elle fuma sans un mot.

Mais Patricia qui émergeait de ses larmes semblait déterminée à aller plus loin.
- Aurais-tu été contente d’avoir une fille comme moi ?
- Oui ! Oui, bien sûr …
- Qu’aurais-tu fait avec ta fille ?
- Plein de choses ! Jeune, je l’aurais habillé avec plaisir, de toutes les couleurs, comme ma poupée chérie vivante et adorée. Tu sais je n’ai eu que des garçons, trois, mais pour une mère ce n’est pas pareil que d’avoir une fille …
- J’aurais tellement adoré ça ! Voir que tu m’aimais, me sentir aimée dans ton regard …
- Après, quand tu aurais grandi, on aurait beaucoup parlé, on se serait raconté des petits secrets …
- Oui, ado, j’avais tellement de choses à dire ! J’aurais tellement eu besoin d’une confidente aux oreilles indulgentes …
- Et moi j’aurais tellement voulu aider ma fille à s'épanouir ! Tu sais avec mes garçons cela c’est bien passé, mais, forcément, ils sont restés assez secrets avec moi. Je suis leur mère, ils ne pouvaient pas tout me dire de leurs amours, à moi une femme !
- Ça aurait été tellement cool ! Et après, une fois moi adulte, on serait restées très proches, je t’aurais téléphoné chaque semaine, ou plus, on serait allé faire les soldes ensemble …
- Oui, mais, voilà, cela ne c’est pas passé comme ça, ni pour toi, ni pour moi …
- Et si on s’adoptait ? Si on faisait comme si tu étais ma mère et moi ta fille ? Je nous sens tellement proches …

Patricia, le rouge aux joues, s’emballa pour cette idée, elle en parla longuement pendant une heure : elles se téléphoneraient tous leurs secrets, s’enverraient des cartes postales à chaque voyage, ferraient les soldes ensemble à Paris et à Londres, visiteraient des expositions de peinture, et tant d’autres choses ... Elles iraient à Amsterdam voir Van Gogh, alors le vol noir des corbeaux sur les blés blonds deviendrait un symbole du passé révolu  et du bonheur trouvé ! Pendant ce temps, émue et troublée, Helen hochait de la tête, sans un mot, au rythme des cigarettes qu’elle allumait les unes après les autres machinalement.  Elle regardait sa compagne d’un air rêveur, mais cela suffisait à celle-ci pour poursuivre son monologue avec de nombreux détails : elle vivait par anticipation cette adoption … Puis, prenant soudain conscience du mutisme de son auditrice, Patricia se tut d’un coup et observa le visage grave de Helen : allait-elle être rejetée encore une fois ? Elle serait tellement déçue ! Elle garda les lèvres crispées, les larmes aux yeux. Face au silence de Patricia, les idées d’Helen se télescopèrent en cinq minutes. Elle prit une autre cigarette et la fuma, le regard grave, fixé sur le visage maintenant blanchi de sa potentielle fille adoptive. Entre deux bouffées rapides, elle étudiait la proposition de Patricia. Elle ne savait pas quel parti prendre ... Pour mieux réfléchir elle se fixa sur l’extrémité rougeoyante de la cigarette de la jeune femme, afin de ne pas se laisser influencer par son regard scrutateur, à travers lequel elle sentait une attente présente. Devait-elle accéder au souhait de Patricia ? Cela la tentait … Mais était-ce raisonnable ? L’enjeu était de taille et ses pensées avaient du mal à s’éclaircir et se succédaient au rythme rapide des bouffées de fumée qu’elle tirait mécaniquement sur sa cigarette. Que répondre ? Oui ? Non ? Oui, mais ? Non, sauf si ? On verra plus tard ? Si elle disait non elle redoutait de voir les larmes de sa compagne revenir, mais si elle disait oui pourrait-elle assumer ce rôle de mère adoptive ? Et elle-même, de quoi avait-elle envie dans le fond ? Elle hésitait, choisissait une réponse puis passait aussitôt à son contraire. Finalement elle resta dans une expectative muette, ne s’apercevant même pas que sa cigarette s’était éteinte aux coins de ses lèvres …

Rapidement, Patricia, tendue à bloc par ce court, mais angoissant, silence partagé, relança le dialogue :
- Helen ! S’il te plait, ne me rejette pas ! Je comprends que tu ais besoin de réfléchir, mais penses-y bien : on aurait tant à s’apporter …
- Tu me tentes là Patricia ! Avoir enfin une fille …
- Il n’est jamais trop tard pour réparer le passé, tu sais …
- Oui, mais, avant, je dois te dire une chose, une chose grave. Une chose qui va nous séparer définitivement … Ou nous rapprocher. Qui sait ?
- Dis voir …
- Toute la soirée j’ai hésité. Quoique la tante Jeanne ait eu en tête,  je pensais qu’il était mieux de me taire. Mais maintenant je sais que je dois parler …
- Que pourrait-il y avoir de pire ?
- Je n’ai jamais vu ma fille, mais je sais à qui elle a été donnée. Une cousine de ma mère, dans la branche bretonne de la famille : la femme que tu as appelée « maman » à ma place ! Patricia tu es ma fille perdue …

    FIN

Olivier Grenoble

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08 juin 2016

UNE RENCONTRE PREMEDITEE (Nouvelle en trois épisodes)

TEXTE N°7 -2 Petite nouvelle en trois épisodes

Et voici la suite du texte précédent ( = celui qui est après, vu l'affichage du blog !)

Deuxième partie : PATRICIA

La tête posée sur ses bras croisés sur la table, Helen éclata en longs sanglots silencieux. Patricia ne sut que dire : quelles paroles pouvaient consoler la peine de toute une vie perdue de mère ?

Le patron de l’hôtel restaurant s’approcha :
Ca va pas la petite dame ? Un gros chagrin ? Allons ça va passer ! Je vous sers un petit remontant ? Un autre Irish ?
Oui, marmonna Helen, relevant la tête.
Oui, ajouta Patricia.
Le serveur revint avec les deux verres et les laissa seules.

Helen souffla sur sa boisson fumante, en but distraitement deux gorgées, puis remarqua, songeuse :
En fait, toi aussi tu me parais avoir choisi un souvenir qui commence radieux et qui semble finir mal …
Oui, c’est à la fois un bon et un très mauvais souvenir : ça m’a fait plaisir de sentir ma mère contente de moi, pour une fois. Mais justement, comme ce n’était que pour une fois, cela m’a fait comprendre, revenues à la maison, que ma mère n’était pas heureuse de m’avoir pour fille. J’ai longuement pleuré dans mon lit ce soir-là…
C’est dur ce que tu dis là. Moi j’aurais tant aimé voir grandir une fille épanouie à mes côtés …
Je comprends, en général les mères sont comme ça. Mais pas la mienne : elle m’aimait pas en fait !

Après ces paroles fortes, Patricia marqua un long silence embarrassé. Elle réfléchit pour savoir si elle se livrerait plus. La mort de la « tante Jeanne », comme tout le monde la nommait, les avait réunies fortuitement, mais c’était une chance pour elle, pensa-t-elle ... Ni l’une ni l’autre l’avaient fréquentée beaucoup, mais elle les avait incluses quand même dans son testament. Grâce à ses obsèques elles avaient fait connaissance et Patricia s’en félicitait, remerciant la défunte qui était le maitre d’œuvre de cette rencontre. Maintenant elle se sentait proche d’Helen, peut-être même n’avait-elle jamais eu de conversation aussi intime.  Leurs échanges seraient brefs, demain leurs trains les ramèneraient vers leurs quotidiens, une à Brest, l’autre à Londres. Elle avait la conscience aiguë que leur temps en commun était compté. Cela le rendait précieux, à présent qu’elle savait qu’elles pouvaient se comprendre l’une, l’autre, et soulager leurs peines en les partageant en toute confiance. Patricia voulut profiter autant que possible de cette nuit ensembles, car elle présentait qu’elles avaient encore beaucoup à se confesser et que cela lui ferrait du bien…

 Aussi elle se lança dans la narration de sa souffrance :
C’est vrai pourtant. Je ne pense pas pouvoir dire les choses autrement. Je n’ai que des souvenirs de ma mère m’houspillant, me faisant des reproches : jamais satisfaite de ma manière de m’habiller ou de me coiffer, de mes notes, de ma manière de l’aider à la maison, de mes jeux même ! Pour une fois, ce jour-là, je suis revenue heureuse de la promenade : je voyais déjà mes fleurs trôner au milieu de la table, sur la nappe brodée donnée par grand-mère. Mais arrivées à la maison maman a jeté directement le bouquet à la poubelle ! J’ai plongé dans un brouillard neigeux et je suis restée sans rien dire, le regard fixé sur les ordures…
Patricia, la larme à l’œil, se tut un long moment, les yeux posés sur sa tasse, sans la voir, comme si c’était sa cueillette perdue. Puis, d’une voix blanche elle raconta que sa mère avait expliqué à son père, qui s’était étonné de voir de si beau bouquet dans la poubelle, que les pétales en tombant risquaient de salir la nappe, à laquelle elle tenait beaucoup, et que ce genre de taches ne se rattraperaient pas sur le blanc. De plus le bleu et le jaune des fleurs n’allaient pas, selon elle, avec le rose des géraniums en plastique posés devant la fenêtre. Pour finir elle se demandait bien où sa satanée fille avait eu cette idée saugrenue de bouquet, alors que celle-ci était allergique aux pollens ! Puis, sans s’apercevoir que sa fille la dévisageait sans voix, le regard vague et le teint blafard, elle alluma la télévision et s'installa devant son feuilleton préféré.

Helen ne sut que dire, elle souffla sur sa tasse, encore bien chaude, et but une gorgée du liquide fort. Elle voulut donner à sa compagne un signe de sa sympathie.
Comme tu as dû souffrir !
Oui … Jusque là j’avais vécu dans une sorte d’indifférence : je croyais que c’était moi qui étais anormale et que ma mère me houspillait pour mon bien. Mais après qu’elle m’ait félicitée, qu’elle semblait, enfin, contente de moi,  j’entrevoyais qu’une autre vie serait possible, que j’étais en train de devenir une bonne fille. Le bouquet serait le symbole de cette espérance … Et là, d’un coup, tous mes espoirs se sont effondrés ! En plus papa n’est même pas intervenu pour me soutenir, ou me consoler, lui aussi n’était pas capable de voir que je souffrais ! Et puis cette histoire d’allergie n’était même pas vraie …
Tu as pleuré ?
Oui ! Mais pas tout de suite, j’en étais même pas capable … Patricia resta la voix suspendue …
Bois ! Bois un peu, ça te fera du bien … Puis tu me raconteras la suite …

Encouragée par cette incitation à aller au bout de ses confidences, et après deux gorgées et une courte méditation, Patricia reprit :
Pourtant, avant cette histoire de bouquet, je n’avais pas renoncé, au fond de mon cœur, à l’espoir, et surtout au besoin, d’être aimée.  Je désirais faire tous les efforts possibles pour cela.
Et alors ? Tu as fait quoi ensuite ?
Ce soir là, dans mon lit, j’ai longtemps pleuré en silence. Puis j’ai décidé, qu’à partir de cet instant, j’abandonnerais mes parents …
Abandonner tes parents ?
Oui : faire comme s’ils n’étaient plus mes parents, que je ne ferais plus d’efforts pour leur plaire.  J’avais peur. Peur que ça recommence, cette douleur …
Comme tu as dû souffrir ! Alors, ensuite, tu as vécu comme une orpheline dans ton cœur ?
Oui, depuis ce jour-là j’ai élevé un mur entre mes parents et moi … Et pourtant j’aurais tant voulu être aimé comme les autres enfants !

La tête posée sur ses bras croisés sur la table, Patricia éclata en longs sanglots silencieux. Helen ne sut que dire : quelles paroles pouvaient consoler la peine de toute une enfance gâchée ?

A suivre …

Olivier Grenoble

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20 mai 2016

UNE RENCONTRE PREMEDITEE (Nouvelle en trois épisodes)

TEXTE N°7 -1 Petite nouvelle en trois épisodes

Première partie : HELEN

Depuis ce jour-là, j’ai vécu avec un bleu à l’âme, tous les jours de ma vie …
Un bleu à l’âme …
Oui, le blues ad vitam aeternam …

Une heure auparavant, les deux femmes s’étaient installées, face à face, à une des tables en formica de ce bistrot aux murs laqués de bleu mat. La lumière blafarde des néons vieillis leur donnait un air plus fatiguées qu’elles ne l’étaient. Cela ne les gênait pas, elles ne s’en apercevaient même pas, plongées dans leur conversation. Par un fait étrange, elle avait des tenues similaires : jupe droite étroite, veste croisée stricte, petit chapeau en feutre rond. C’était étrange, car elles ne s’étaient jamais rencontrées avant les obsèques, la similitude de leurs vêtements devait être le trait visible de leur appartenance à une même famille élargie.

Elles devaient partager une chambre confortable, mais n’étaient pas arrivées à s’endormir. La chaleur de l’été, l’odeur de la peinture fraichement refaite, le bruit de la circulation, la respiration de l’autre dans le lit d’à côté : rien de cela n’était propice au sommeil. Aussi avaient-elles décidé de descendre au bar pour faire plus ample connaissance : n’était-ce pas, a priori, la volonté de la défunte ? Ne sachant pas par où commencer, et présentant que l’étalage de leur vie quotidienne serait d’une affligeante banalité, elles avaient choisi de se raconter un souvenir de jeunesse, un souvenir assez fort pour qu’il soit encore bien vivant dans leurs esprits…

Elles s‘étaient commandé chacune un irish coffee, Patricia, la plus jeune, bretonne, imitant Helen, la plus âgée, anglaise ayant des origines irlandaises. Leurs évocations avaient débuté par quelques généralités, suivies par une longue méditation partagée, enfin Patricia, s’était lancée :
J’avais sept ans. On était en Bretagne, sur une lande en bord de mer, ma tante, ma mère, mes deux cousins et moi. Il faisait beau, le soleil faisait chanter l’azur du ciel et le turquoise de la mer. L’herbe était piquetée de fleurs multicolores. Avec mes cousins on a décidé de faire chacun un bouquet, que des fleurs bleues et jaunes, pour offrir le ciel à nos mères …
Moi aussi c’était sur une lande, en Irlande. Pas en bord de mer, mais sur une colline, presque une petite montagne. J’y étais montée rejoindre le fils de la ferme. Pour apprendre à garder les moutons avais-je dit à mes parents. Mais c’est le berger qui m’intéressait en fait, j’avais quinze ans …
C’est amusant cette histoire de landes. Vous auriez choisi ce souvenir si je n’avais pas commencé moi aussi par une lande ?
Tu peux me dire « tu », au point où on en est. On est parties pour la nuit à discuter, il me semble … Oui j’aurais choisi ce souvenir, c’est celui qui me revient toujours à l’esprit quand je pense à ma jeunesse … Et toi as-tu conscience du pourquoi du choix de ton souvenir ?
Oui. On a fait de superbes bouquets et on les a offerts à nos mères. Elles nous ont félicités toutes les deux : c’est la seule fois où je me rappelle que ma mère m’ait félicitée …

C’est dur ce qu’elle venait de dire ! Helen ne fit pas de remarques, pour permettre à Patricia de se corriger, ou de développer sa pensée, mais seul un long silence  répondit au sien. Pourquoi la jeune femme avait-elle choisi ce souvenir ? Cela la touchait au plus profond d’elle-même, ouvrait une vieille blessure : elle aurait bien aimé avoir une fille à chérir et à féliciter ...

Et vous, heu toi, quels souvenirs gardes-tu de ce moment sur la lande avec ton berger.
Celui d’une amourette de jeunesse : on se croit amoureuse, on est prête à tout, et puis après c’est fini et on s’oublie …
Pourtant tu ne l’as pas oublié celui-là ! Pourquoi ?
J’ai gardé de lui une trace profonde, une trace dans mon corps et dans mon cœur. Une trace qui m’a hantée toute ma vie …

Le visage blanc, Helen se tut, but lentement quelques gorgées de son breuvage maintenant froid, le regard perdu sur l’enseigne rouge qui clignotait dehors. Elle resta longtemps muette, Patricia respectait cette pause, n’osant pas brusquer son ainée … Au bout de vingt minutes cela devint pesant, Patricia interrogea :
Dis-moi : c’est quoi cette histoire de trace ? Si ça te gêne ne répond pas ... Mais, après tout, on est là pour partager nos souvenirs. On aurait pu choisir les meilleurs, mais visiblement toi tu as choisi un des pires …
Elle n’avait pas tort ! Elle n’avait pas choisi cet épisode par hasard. Il lui était venu naturellement à l’esprit.  Elle eut conscience que s’il y avait un moment où elle allait pouvoir parler de tout cela à Patricia, c’était maintenant …
C’est vrai … Tu as raison. Mais c’est dur à dire …

Helen garda un nouveau silence, gênée, puis d’une voix hésitante se livra :
La trace, c’est que, là-haut sur la lande, couchés dans la mousse parmi la bruyère, ce chenapan m’a mise enceinte ! Bon, j’étais consentante bien sûr … Mais le résultat était là !
Alors comme ça tu as été maman à seize ans ! C’était une fille ou un garçon ?
C’était une fille … La larme à l’œil, Helen poursuivit d’une voix trébuchante. Mais je ne l’ai pas vue ! On me l’a prise à la naissance … Pour la donner à une femme qui n’avait pas pu avoir d’enfants. J’étais jeune : on m’a dit que ça serait mieux pour elle et pour moi …
Et ça n’a pas été le mieux à ton avis ?
 Non, bien sûr que non ! Depuis ce jour-là, j’ai vécu avec un bleu à l’âme, tous les jours de ma vie …
Un bleu à l’âme …
Oui, le blues ad vitam aeternam …

Olivier Grenoble

A suivre …

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30 avril 2016

Le Petit Chaperon Rouge amoureuse

TEXTE N°6

LES COMPLOTEURS CONTRARIES Conte

Le chasseur et la grand-mère étaient amis depuis longtemps. Ce jour-là, ils s'étaient installés au soleil sur un banc, devant la maison de la vieille femme, dans une riante clairière. Les deux compères devisaient avec entrain. Le coureur des bois était d’humeur joyeuse et parlait de choses et d’autres ; soudain, il remarqua l’air préoccupé de son interlocutrice :
- Que se passe-t-y ma commère ? Vous avez la mine bien souciteuse ?
- C’est pour ma petite-fille, le Petit Chaperon Rouge ! Elle commence à avoir des fréquentations …
- C’est d’son âge ! Il va bientôt vous falloir penser à la marier …
- Oui … Mais là elle s’est entichée d’un drôle de sire, Goupil ! Un voleur de poule sans ambitions honnêtes !

Le traqueur de gibier s’inquiéta : un mariage avec un animal ! Ça ferait un beau scandale dans toute la forêt ! Pas tant que ça, lui expliqua la grand-mère, il y avait un précédent ; l’arrière-grand-père de son gendre était un ours, mais il avait eu une bonne réputation, lui… Non, le scandale c’était ce renard ! Un fourbe ! Elle était sure qu’il n’en voulait qu’au poulailler de sa fille … Malheur !

Peiné par l’embarras de son amie, le chasseur proposa :
- Voulez-vous que j’lui parle pour lui faire entendre raison ? Après tout, elle m’aime bien la p’tiote. Elle m’connait depuis toute gamine, depuis c’te jour où vous étiez sans défense, malade au fond de votre lit, et elle encore ben imprudente …
- Vous êtes bien aimable mon compère ! Mais vous savez elle a bien grandi depuis ! Et pas qu’en bien ! Elle n’en fait qu’à sa tête…
- Je pourrais lui parler de tout ce que j’ai appris sur c’te sale type de Goupil. Dans mon métier, on finit par connaitre ben des secrets sur toutes ces satanées bestioles d’la forêt ...
- N’en faites rien ! Plus on dit du mal de ce bougre, plus elle s’en amourache… Non, l’idéal serait de lui faire comprendre qu’un mariage entre une femme et un animal a de forts risques de mal tourner … Mais, voilà, les jeunes ça ne pensent pas à l’avenir !
- Alors un bon coup de fusil ! On n’en parlerait plus !
- Surtout pas ! Elle nous en voudrait tous à mort ….

Ne sachant que répondre, le chasseur sortit sa pipe et fuma, songeur. La grand-mère, mélancolique, sirotait sa tisane, dans laquelle elle avait versé quelques gouttes de gnole, pour tenter de s’éclaircir les idées. Ils restèrent longtemps silencieux ... La vieille femme ridée avait les larmes aux yeux et son compagnon était bien attristé de ne pouvoir aider sa vénérée amie. Soudain, il eut une inspiration : une bonne peur ! Voilà ce qui remettrait la jeune fille sur le droit chemin ! Une bonne peur pour la dégouter à tout jamais des bestiaux … Comment n’y avait-il pas pensé avant ? Il exposa son plan à sa commère qui approuva. Il était génial ! Tout simplement génial ! Comment n’y avait-elle pas songé elle aussi ? Sa petite-fille allait voir ce qu’elle allait aller voir ! Et, alors, foin de Goupil…

Ils mirent leur plan à exécution. La vieille appela sa fille sur son portable pour lui dire qu’une galette au beurre et un petit pot de miel feraient le plus grand bien à ses rhumatismes et qu’elle devait demander au Petit Chaperon Rouge de les lui apporter le lendemain sans faute. Tant qu’à faire, la jeune fille amènerait aussi son flutiau : un peu de musique et un petit spectacle de danse lui remonteraient le moral, elle en avait bien besoin ! Le chasseur consulta internet pour localiser le Grand Méchant Loup, équipé depuis peu d’un collier GPS, et lui rendit visite au plus profond des bois. Il lui rappela qu’il lui devait un service, depuis le  jour où il l’avait aidé à se défendre contre cinq patous, le fauve s’étant imprudemment approché d’un troupeau de moutons. Méfiant, le loup lui demanda ce qu’il attendait de lui. Le plan du comploteur exposé, l’animal l’accepta avec un sourire. Faire peur, il savait bien faire ça ! En plus ça serait rigolo ! Il allait bien se régaler , ajouta-t-il dans sa barbe …

Le lendemain, aux aurores, le Petit Chaperon Rouge se mit en route. Elle partit tôt pour faire le détour par les prés, car elle voulait éviter au maximum de traverser les Grands Bois, toujours inquiétants. Mais, surtout, elle se dit qu’elle aurait ainsi une chance de rencontrer son Goupil adoré … Ayant trainé en route, elle arriva attristée chez la vieille femme, dépitée de ne pas avoir croisé son amoureux. Elle n’avait pas du tout le cœur à faire le clown, se plaignit-elle ... Bien que connaissant de puis longtemps la procédure d’ouverture de la porte, elle frappa doucement. Une voix énergique lui dicta le digicode, inchangé depuis des lustres, elle le composa, tira la bobinette, fit choir la chevillette et fut bientôt dans la pénombre. Là, elle découvrit sa grand-mère assise dans son fauteuil au coin du feu, juste vêtue d’un peignoir en soie.
- Ho, Mère-grand, que vous avez de grandes oreilles !
- C’est pour mieux apprécier ta musique ma douce enfant !
- Ho, Mère-grand, que vous avez de grands yeux !
- C’est pour mieux admirer ta danse ma douce enfant !
- Ho Mère-grand, que vous avez de grandes dents !
- C’est pour mieux savourer ta galette ma douce enfant !

Sans méfiance, l’innocente jeune fille tendit au loup la galette, tartinée de miel, et commença sa danse, s’accompagnant mélodieusement de son pipeau. Le fauve avala péniblement la friandise, vraiment pas assez saignante à son goût, il n’était pas fait pour c’t genre de pitance, se dit-il avec dégoût ... Puis, doucement, insidieusement, traitreusement, il laissa glisser le peignoir au sol. Une fois nu, il se leva d’un bond, dévoilant son corps animal velu à sa tendre victime ! Ce qu’ils se dirent ensuite ? Nul ne le sait ... Toujours est-il que, le dimanche suivant, les cloches sonnèrent à toute volée lorsque le Petit Chaperon Rouge sortit, radieuse, de l'église, en blanc pour une fois, au bras du Grand Méchant Loup, tout de noir élégamment vêtu ...

Le chasseur et la Grand-mère étaient bien marris ! « Les désirs de la jeunesse sont la loi de demain ! », leur claironna, moqueur, le coq du clocher …

Olivier Grenoble

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24 avril 2016

Tautogramme : que de R !!!

Texte N°4

De retour de Rome je me suis fait un petit délire en "R" ... en attendant un compte-rendu plus sérieux ( et avec des photos) !

RAMIGRANOBIS, LE RENARD ET LE RAT...

Raminagrobis Ronronnait des Ronflements qui Résonnaient Rudement dans mes Rêves, Rapidement cela Réveilla ! Je Râlai, puis Remarquai un Rongeur qui Rampait : Rapidement je Réussis à Remercier le Renard de ses Rugissements Rageurs contre le Rat !  Rassuré, je me Rendormis Ronchon ...

Pour passé humoristiquement le temps, Olivier Grenoble vous a proposé un petit exemple facile de tautogramme : à vous de voir si ça vous en inspire un aussi ...

A+

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20 avril 2016

RENCONTRE AU CREUX DU VIEUX CHÊNE

TEXTE N°5

RENCONTRE AU CREUX DU VIEUX CHÊNE


Un homme allait d’un pas lent sous le couvert d’une sombre forêt pris dans une rêverie nostalgique.  Arrivé dans une clairière il s’arrêta et se plongea dans la contemplation de la cime d’un grand chêne solitaire, qui se découpait dans le clair de lune. Puis, lentement, ses yeux descendirent le long du tronc noueux et finirent par s’arrêter sur une faille de l’écorce. Curieux, il s’approcha et découvrit de la main un passage vers le centre de l’arbre. Alors  il eu envie de pouvoir s’y glisser pour découvrir le secret du grand chêne …

N’écoutant que son instinct il appliqua le visage sur la fente. Alors il entendit une voix sourde qui l’appelait par son prénom ! Il força un peu pour entrer la tête entière dans le trou et, soudain, il sentit que son corps se faisait fluide et arrivait à s’engager totalement dans le passage resserré et il se retrouva dans un vaste espace contenu par le chêne …


Il leva les yeux et découvrit un ciel violacé qui éclairait, d’une lueur blafarde, la région où il était arrivé. Il contempla longuement l’étrange paysage qui l’entourait, tout en rochers multicolores de formes biscornues. Alors il vit un inconnu se diriger vers lui au centre d’un orage localisé qui semblait le suivre dans son déplacement rapide. L’homme sut immédiatement qu’il s’agissait d’un démon qui venait le chercher ! Mais, bien qu’il ait le cœur qui battait à tout rompre, il n’eut pas peur : enfin il allait vivre un moment extraordinaire pour rompre la monotonie de sa vie …

Olivier Grenoble

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16 avril 2016

REFUGE, REFUGE

TEXTE N°4

Haïku venu lors d'un petit tour dans le Vercors, en passant par les cabanes de Goupette et de Carrette

Carrette

 

REFUGE, Ô REFUGE ....

Frimas, vent, neige

Coin  du feu, soupe, lit chaud

Ô doux refuge !

Olivier Grenoble

 

 

Nota il y a une rime entre les vers 1 et 3, mais dans les haïku c'est assez inhabituel en fait.De même les sylables terminales en "ge" compte ici pour une sylable, mais elle pourrait ne pas l'être si on considérait que le "g ' " (prononcé "j " ) fait parti de la sylable précédente bien que prononcé, sur le modèle de "rime" prononcé "rim ' " avec un "m" peu appuyé le "e" étant dit muet ...

Ci-dessous un lien vers un CR de la ballade fait dans le site Rando-Trekking à mon habitude

Grand Pot - Goupette - Carrette - Darbounouse - Coinchette

 

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04 avril 2016

Le ciel est par dessus le toit, Paul Verlaine

Et hop un nouveau texte !

Encore un texte sur la prison ! Rassurez vous mon horizon ne va pas se limiter à ça ! Mais je n'ai pas pu résister à m'approprier ce beau poème écrit par Verlaine en prison, suite à un acte désespéré : peut être par ce que cela aurait pu m'arriver ?

Je me le suis approprié cette fois non pas en le rallongeant mais en le condensant sous forme de haïku, c'est à dire en trois courts vers ... A vous de voir si je ne l'ai pas dénaturé ! ( ce n'est pas un haïku pur question nombre de syllabes : je ferrai mieux la prochaine fois !)

Si vous ne connaissez pas l'original je vous mets un lien vers "le ciel est par dessus le toit" avec, en prime, une analyse du texte et son contexte. Un conseil d'esthète : lisez le poème plusieurs fois (en sachant qu'il a été écrit en prison) avant d'intelectualiser votre approche par l'analyse ( fort intéressante au demeurant).

Bonne lecture de ma version dans le message ci-dessous

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HAÏKU SUR VERLAINE EN PRISON

TEXTE N°2

Le ciel est, par-dessus le toit, Paul Verlaine.

Le bleu par-dessus le toit,
La rumeur de la ville,
Ta jeunesse perdue ?

Olivier Grenoble d'après Verlaine

Ou : Verlaine sous forme de Haïku ... qu'il me pardonne !

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03 avril 2016

PETIT HAÏKU DE PRINTEMPS

Texte N°3

Et hop un petit Haïku de printemps !

 

Crocus

Venue du printemps

 

Crocus éclatants

Oiseaux fous ivres d'amour

Et hop, meurt l'hiver !

 

Olivier Grenoble

 

 

Je vous ai proposé dans ce petit poème de printemps sous la forme d'un haïku improvisé en montagne le week-end dernier.

Si vous ne connaissais pas les haïkus je vous mets un lien vers cette forme d'ancienne poésie savante japonais, dont il existe maintenant une forme moderne plus libre (dont je m'inspire). Je vous propose aussi d'autres exemples de haïkus classiques japonais.

Personnellement j'ai retenue de ces règles assez ardues les suivantes assez "basiques" (mais les plus souvent admises en français) : 3 vers de 5, 7 et 5 syllabes et une référence à une "saison" (au sens poétique large japonais : moment de l'année, moment de la journée ou, même, un moment de la vie)

Je vous proposerai d'autres haïkus au grès de mes inspiration, car j'aime ces courts textes vite lu, qui méritent cependant d'être relus, vite lu mais pas si vite écrit que ça ( pour moi du moins !).

En attendant : bientôt un compte-rendu d'une petite rando dans les hauts plateaux du Vercors ...

 

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01 avril 2016

PRISON ET RENAISSANCE

TEXTE N°1

Et hop, enfin une première petite histoire... (republiée le 12/04, suite à un bug)

cette histoire est en quelque sorte un exposé sur ma philosophie de vie actuelle....

PRISON ET RENAISSANCE  ...

L‘homme, la cinquantaine, subit son existence plutôt qu’il la vit. Elle est principalement occupée à des tâches monotones, pénibles parfois même ; ses obligations lui mangent beaucoup d’énergie, depuis aussi longtemps qu’il s’en souvienne. C’est comme ça ! Il s’y est résigné depuis des années … Certes il lui arrive de croiser oiseaux, insectes, fleurs et enfants, mais il y prête peu d’attention ; ce sont de petites choses insignifiantes, fort loin de ses aspirations de jeunesse ...

Un matin on tambourine à sa porte. Six heures ! Qui est-ce ? Police ! Police ? Ce doit être une erreur : il va ouvrir, confiant, lui le citoyen modèle. Quatre hommes se jettent sur lui, le plaquent au sol, le menottent en lui hurlant dessus. Il se défend : c’est une erreur ! Il n’a rien fait... Un coup sur la tête ! Le noir. Un noir dont il ne sortira pas de si tôt…

Une énorme porte de fer, trempée d’humidité, couverte de traces de rouille ; depuis son sommet inaccessible au regard, une eau ruisselle jusqu’en bas. Les deux battants de la lourde porte s’ouvrent lentement ; au fur et à mesure que l’interstice s’élargit, les klaxons des voitures de la rue s’y engouffrent. Dans l’ouverture, les gratte-ciel masquent la lumière du soleil. Sirène continue des voitures de police.

La lumière, soudain revenue, l’éblouit ; l’homme cligne des yeux et vacille sous le choc des bruits retrouvés. Six mois ! Six mois enfermé dans ce cachot, noir, humide et insonorisé ! Six mois hors du temps ! Et encore il n’est pas sûr de son décompte, tenu à partir du rythme fluctuant de ses maigres repas, faute de contact avec la lueur du jour. Décompte précaire, mais primordial pour ne pas sombrer dans la folie…

Maintenant la vie va recommencer… La vie ou une autre vie ? Une nouvelle vie irriguée de toutes ces pensées étranges auxquelles il s’est raccroché pour survivre. Le chant fruste des mésanges, le vol incertain des papillons, la floraison, éphémère des coquelicots… Et le rire carillonnant des enfants ! Oui, il le sait, la vie a su l’attendre : cette fois il sera au rendez-vous …

Olivier Grenoble

Nota : le paragraphe en italique (celui du milieu) est tiré d'un texte : Gao Xingjian "Une canne à pêche pour mon grand-père - Instantané". Je me suis amusé à écrire un autre début et une autre fin. Allez savoir pourquoi j'ai transposé la scène dans une prison...

 

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