LITTER'NATURE : Littérature & Nature

Inauguration du blog de Olivier-Grenoble

Bonjour

Si vous lisez ce message c'est que vous êtes arrivé sur "Litter ' Nature" (probablement un peu par hasard ?) J'espère ne pas vous décevoir avec mes textes (dans les messages ci-dessous) qui, entre les lignes, exposent un peu la philosophie de vie à laquelle je suis arrivée après quelques péripéties de vie : "carpé diem" ("profite du jour" : la sage devise des épicuriens).

Pratique: j'ai commencé à créer des pages parallèles pour regrouper dans l'ordre chronologique les +/- petites nouvelles et haïkus que j'édite ( voir la rubrique "page" au milieu de la colone de gauche )

Les aventures d'Alex sont finies : j'ai supprimé les messages les concernant ( d'ailleurs il étaient un peu en désordre) et j'ai tout regroupé dans une page bien ordonnée ( voir sur la gauche au milieu à "Nouvelle gériatrique). Maintenant je vais reperndre des publications indépendantes en attendant un texte à épisodes à la rentrée.

Bonnes lectures

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23 avril 2018

Haïku : Dieu ! Et moi ?

 

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ELANS DE L'ÂME

Nuit de Dieu

prières, chants, Silence

Et moi ou suis-je ?

Olivier Grenoble

C'est un petit haïku venu suite à un séjour dans une abbaye paisible qui m'a posé pas mal de questions, moi l'athé (en particulier pendant les offices nocturnes)....

Nota : concernant le décompte des sylable : il est un peu incertain (en particulier pour la 3° strophe) mais du point de vue du sens cela me semble équilibré comme ça, donc je l'ai gardé "bancal" ..;

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12 février 2017

ROMA Ô ROMA

TEXTE 8 : petit Haïku

ROMA Ô ROMA !

Peuple éternel

Fontaines, églises, ruines

Ville sublime !

Olivier Grenoble

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17 juillet 2016

UNE RENCONTRE PREMEDITEE (Nouvelle en trois épisodes)

TEXTE N°7 -2 Petite nouvelle en trois épisodes

Et voici la suite des deux textes précédents ( = ceux qui sont après, vu l'affichage du blog !)

Troisième partie : ADOPTIONS ?

- Patricia, je pourrais te dire une chose, une chose grave. Une chose qui nous séparerait définitivement … Ou nous rapprocherait. Qui sait ? Mais serait-ce une bonne idée de te dire ça ? Marmonna doucement Helen, plus pour elle-même que pour sa compagne.
Celle-ci, d’ailleurs, ne releva pas la remarque et continua à pleurer. Le silence s’éternisa, on entendait juste les doux sanglots de la jeune femme. Le patron s’approcha :
- Allons bon ! Cette fois c’est la demoiselle ! Drôle de soirée : tout le monde pleure ! Manquerait plus que je m’y mette … Allons la belle, ça va passer pour vous aussi ! Je vous sers un autre petit remontant ? Un autre irish ?
- Non merci.
- Non merci.
- C’est une heure : je vais fermer. Mais vu que vous dormez là, vous pouvez rester ici. Vous éteindrez juste la lumière en montant. Vu que vous êtes seules maintenant, vous pouvez fumer, si le cœur vous en dit …

L’homme les quitta, ferma le rideau roulant, les privant des lueurs rouges de l’enseigne, et les laissa dans la semi-pénombre, ayant éteint les plafonniers. Helen sortit un paquet de blondes, en offrit une à sa compagne qui refusa,  la mit entre ses lèvres, prit un briquet en argent, alluma la cigarette et fuma distraitement, le regard dans le vague. Puis, d’une voix basse, presque inaudible, elle commenta, toujours plus pour elle-même que pour Patricia :
- Nos histoires n’ont pas que la lande en commun, la vieille Jeanne savait ce qu’elle faisait en nous réunissant ce soir …

Jeanne avait été une nonagénaire excentrique, et aussi une peintre qui avait atteint une certaine notoriété, elle avait amassé ainsi un pécule non négligeable, fortune qu’elle partageait par testament entre sa parentèle élargie, n’ayant pas eu d’enfants. Cette originale avait mis des conditions précises à ses legs : quelqu’un devrait prendre soin de son chat (cela serait Helen),  les bénéficiaires devraient tous assister à ses obsèques (cela les deux femmes le comprenaient facilement), et, après la cérémonie, les légataires devraient passer la soirée et la nuit ensemble par paires, paires que la défunte avait nommées dans son testament (cela était vraiment étrange). C’est ainsi que Helen et Patricia étaient réunies ici pour cette longue discussion.

La tante Jeanne savait ce qu’elle faisait en nous réunissant, pensa Helen ! Mais était-ce une raison pour en dire plus à Patricia ? Elle était assez malheureuse comme ça ! Pourquoi l’embarrasser avec ce qui lui vrillait son cœur à elle, Helen ? Patricia était jeune, elle avait la vie devant elle ; Helen décida que le mieux était de ne plus lui encombrer davantage l’esprit avec ses propres regrets … Aussi, méditative, elle fuma sans un mot.

Mais Patricia qui émergeait de ses larmes semblait déterminée à aller plus loin.
- Aurais-tu été contente d’avoir une fille comme moi ?
- Oui ! Oui, bien sûr …
- Qu’aurais-tu fait avec ta fille ?
- Plein de choses ! Jeune, je l’aurais habillé avec plaisir, de toutes les couleurs, comme ma poupée chérie vivante et adorée. Tu sais je n’ai eu que des garçons, trois, mais pour une mère ce n’est pas pareil que d’avoir une fille …
- J’aurais tellement adoré ça ! Voir que tu m’aimais, me sentir aimée dans ton regard …
- Après, quand tu aurais grandi, on aurait beaucoup parlé, on se serait raconté des petits secrets …
- Oui, ado, j’avais tellement de choses à dire ! J’aurais tellement eu besoin d’une confidente aux oreilles indulgentes …
- Et moi j’aurais tellement voulu aider ma fille à s'épanouir ! Tu sais avec mes garçons cela c’est bien passé, mais, forcément, ils sont restés assez secrets avec moi. Je suis leur mère, ils ne pouvaient pas tout me dire de leurs amours, à moi une femme !
- Ça aurait été tellement cool ! Et après, une fois moi adulte, on serait restées très proches, je t’aurais téléphoné chaque semaine, ou plus, on serait allé faire les soldes ensemble …
- Oui, mais, voilà, cela ne c’est pas passé comme ça, ni pour toi, ni pour moi …
- Et si on s’adoptait ? Si on faisait comme si tu étais ma mère et moi ta fille ? Je nous sens tellement proches …

Patricia, le rouge aux joues, s’emballa pour cette idée, elle en parla longuement pendant une heure : elles se téléphoneraient tous leurs secrets, s’enverraient des cartes postales à chaque voyage, ferraient les soldes ensemble à Paris et à Londres, visiteraient des expositions de peinture, et tant d’autres choses ... Elles iraient à Amsterdam voir Van Gogh, alors le vol noir des corbeaux sur les blés blonds deviendrait un symbole du passé révolu  et du bonheur trouvé ! Pendant ce temps, émue et troublée, Helen hochait de la tête, sans un mot, au rythme des cigarettes qu’elle allumait les unes après les autres machinalement.  Elle regardait sa compagne d’un air rêveur, mais cela suffisait à celle-ci pour poursuivre son monologue avec de nombreux détails : elle vivait par anticipation cette adoption … Puis, prenant soudain conscience du mutisme de son auditrice, Patricia se tut d’un coup et observa le visage grave de Helen : allait-elle être rejetée encore une fois ? Elle serait tellement déçue ! Elle garda les lèvres crispées, les larmes aux yeux. Face au silence de Patricia, les idées d’Helen se télescopèrent en cinq minutes. Elle prit une autre cigarette et la fuma, le regard grave, fixé sur le visage maintenant blanchi de sa potentielle fille adoptive. Entre deux bouffées rapides, elle étudiait la proposition de Patricia. Elle ne savait pas quel parti prendre ... Pour mieux réfléchir elle se fixa sur l’extrémité rougeoyante de la cigarette de la jeune femme, afin de ne pas se laisser influencer par son regard scrutateur, à travers lequel elle sentait une attente présente. Devait-elle accéder au souhait de Patricia ? Cela la tentait … Mais était-ce raisonnable ? L’enjeu était de taille et ses pensées avaient du mal à s’éclaircir et se succédaient au rythme rapide des bouffées de fumée qu’elle tirait mécaniquement sur sa cigarette. Que répondre ? Oui ? Non ? Oui, mais ? Non, sauf si ? On verra plus tard ? Si elle disait non elle redoutait de voir les larmes de sa compagne revenir, mais si elle disait oui pourrait-elle assumer ce rôle de mère adoptive ? Et elle-même, de quoi avait-elle envie dans le fond ? Elle hésitait, choisissait une réponse puis passait aussitôt à son contraire. Finalement elle resta dans une expectative muette, ne s’apercevant même pas que sa cigarette s’était éteinte aux coins de ses lèvres …

Rapidement, Patricia, tendue à bloc par ce court, mais angoissant, silence partagé, relança le dialogue :
- Helen ! S’il te plait, ne me rejette pas ! Je comprends que tu ais besoin de réfléchir, mais penses-y bien : on aurait tant à s’apporter …
- Tu me tentes là Patricia ! Avoir enfin une fille …
- Il n’est jamais trop tard pour réparer le passé, tu sais …
- Oui, mais, avant, je dois te dire une chose, une chose grave. Une chose qui va nous séparer définitivement … Ou nous rapprocher. Qui sait ?
- Dis voir …
- Toute la soirée j’ai hésité. Quoique la tante Jeanne ait eu en tête,  je pensais qu’il était mieux de me taire. Mais maintenant je sais que je dois parler …
- Que pourrait-il y avoir de pire ?
- Je n’ai jamais vu ma fille, mais je sais à qui elle a été donnée. Une cousine de ma mère, dans la branche bretonne de la famille : la femme que tu as appelée « maman » à ma place ! Patricia tu es ma fille perdue …

    FIN

Olivier Grenoble

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08 juin 2016

UNE RENCONTRE PREMEDITEE (Nouvelle en trois épisodes)

TEXTE N°7 -2 Petite nouvelle en trois épisodes

Et voici la suite du texte précédent ( = celui qui est après, vu l'affichage du blog !)

Deuxième partie : PATRICIA

La tête posée sur ses bras croisés sur la table, Helen éclata en longs sanglots silencieux. Patricia ne sut que dire : quelles paroles pouvaient consoler la peine de toute une vie perdue de mère ?

Le patron de l’hôtel restaurant s’approcha :
Ca va pas la petite dame ? Un gros chagrin ? Allons ça va passer ! Je vous sers un petit remontant ? Un autre Irish ?
Oui, marmonna Helen, relevant la tête.
Oui, ajouta Patricia.
Le serveur revint avec les deux verres et les laissa seules.

Helen souffla sur sa boisson fumante, en but distraitement deux gorgées, puis remarqua, songeuse :
En fait, toi aussi tu me parais avoir choisi un souvenir qui commence radieux et qui semble finir mal …
Oui, c’est à la fois un bon et un très mauvais souvenir : ça m’a fait plaisir de sentir ma mère contente de moi, pour une fois. Mais justement, comme ce n’était que pour une fois, cela m’a fait comprendre, revenues à la maison, que ma mère n’était pas heureuse de m’avoir pour fille. J’ai longuement pleuré dans mon lit ce soir-là…
C’est dur ce que tu dis là. Moi j’aurais tant aimé voir grandir une fille épanouie à mes côtés …
Je comprends, en général les mères sont comme ça. Mais pas la mienne : elle m’aimait pas en fait !

Après ces paroles fortes, Patricia marqua un long silence embarrassé. Elle réfléchit pour savoir si elle se livrerait plus. La mort de la « tante Jeanne », comme tout le monde la nommait, les avait réunies fortuitement, mais c’était une chance pour elle, pensa-t-elle ... Ni l’une ni l’autre l’avaient fréquentée beaucoup, mais elle les avait incluses quand même dans son testament. Grâce à ses obsèques elles avaient fait connaissance et Patricia s’en félicitait, remerciant la défunte qui était le maitre d’œuvre de cette rencontre. Maintenant elle se sentait proche d’Helen, peut-être même n’avait-elle jamais eu de conversation aussi intime.  Leurs échanges seraient brefs, demain leurs trains les ramèneraient vers leurs quotidiens, une à Brest, l’autre à Londres. Elle avait la conscience aiguë que leur temps en commun était compté. Cela le rendait précieux, à présent qu’elle savait qu’elles pouvaient se comprendre l’une, l’autre, et soulager leurs peines en les partageant en toute confiance. Patricia voulut profiter autant que possible de cette nuit ensembles, car elle présentait qu’elles avaient encore beaucoup à se confesser et que cela lui ferrait du bien…

 Aussi elle se lança dans la narration de sa souffrance :
C’est vrai pourtant. Je ne pense pas pouvoir dire les choses autrement. Je n’ai que des souvenirs de ma mère m’houspillant, me faisant des reproches : jamais satisfaite de ma manière de m’habiller ou de me coiffer, de mes notes, de ma manière de l’aider à la maison, de mes jeux même ! Pour une fois, ce jour-là, je suis revenue heureuse de la promenade : je voyais déjà mes fleurs trôner au milieu de la table, sur la nappe brodée donnée par grand-mère. Mais arrivées à la maison maman a jeté directement le bouquet à la poubelle ! J’ai plongé dans un brouillard neigeux et je suis restée sans rien dire, le regard fixé sur les ordures…
Patricia, la larme à l’œil, se tut un long moment, les yeux posés sur sa tasse, sans la voir, comme si c’était sa cueillette perdue. Puis, d’une voix blanche elle raconta que sa mère avait expliqué à son père, qui s’était étonné de voir de si beau bouquet dans la poubelle, que les pétales en tombant risquaient de salir la nappe, à laquelle elle tenait beaucoup, et que ce genre de taches ne se rattraperaient pas sur le blanc. De plus le bleu et le jaune des fleurs n’allaient pas, selon elle, avec le rose des géraniums en plastique posés devant la fenêtre. Pour finir elle se demandait bien où sa satanée fille avait eu cette idée saugrenue de bouquet, alors que celle-ci était allergique aux pollens ! Puis, sans s’apercevoir que sa fille la dévisageait sans voix, le regard vague et le teint blafard, elle alluma la télévision et s'installa devant son feuilleton préféré.

Helen ne sut que dire, elle souffla sur sa tasse, encore bien chaude, et but une gorgée du liquide fort. Elle voulut donner à sa compagne un signe de sa sympathie.
Comme tu as dû souffrir !
Oui … Jusque là j’avais vécu dans une sorte d’indifférence : je croyais que c’était moi qui étais anormale et que ma mère me houspillait pour mon bien. Mais après qu’elle m’ait félicitée, qu’elle semblait, enfin, contente de moi,  j’entrevoyais qu’une autre vie serait possible, que j’étais en train de devenir une bonne fille. Le bouquet serait le symbole de cette espérance … Et là, d’un coup, tous mes espoirs se sont effondrés ! En plus papa n’est même pas intervenu pour me soutenir, ou me consoler, lui aussi n’était pas capable de voir que je souffrais ! Et puis cette histoire d’allergie n’était même pas vraie …
Tu as pleuré ?
Oui ! Mais pas tout de suite, j’en étais même pas capable … Patricia resta la voix suspendue …
Bois ! Bois un peu, ça te fera du bien … Puis tu me raconteras la suite …

Encouragée par cette incitation à aller au bout de ses confidences, et après deux gorgées et une courte méditation, Patricia reprit :
Pourtant, avant cette histoire de bouquet, je n’avais pas renoncé, au fond de mon cœur, à l’espoir, et surtout au besoin, d’être aimée.  Je désirais faire tous les efforts possibles pour cela.
Et alors ? Tu as fait quoi ensuite ?
Ce soir là, dans mon lit, j’ai longtemps pleuré en silence. Puis j’ai décidé, qu’à partir de cet instant, j’abandonnerais mes parents …
Abandonner tes parents ?
Oui : faire comme s’ils n’étaient plus mes parents, que je ne ferais plus d’efforts pour leur plaire.  J’avais peur. Peur que ça recommence, cette douleur …
Comme tu as dû souffrir ! Alors, ensuite, tu as vécu comme une orpheline dans ton cœur ?
Oui, depuis ce jour-là j’ai élevé un mur entre mes parents et moi … Et pourtant j’aurais tant voulu être aimé comme les autres enfants !

La tête posée sur ses bras croisés sur la table, Patricia éclata en longs sanglots silencieux. Helen ne sut que dire : quelles paroles pouvaient consoler la peine de toute une enfance gâchée ?

A suivre …

Olivier Grenoble

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20 mai 2016

UNE RENCONTRE PREMEDITEE (Nouvelle en trois épisodes)

TEXTE N°7 -1 Petite nouvelle en trois épisodes

Première partie : HELEN

Depuis ce jour-là, j’ai vécu avec un bleu à l’âme, tous les jours de ma vie …
Un bleu à l’âme …
Oui, le blues ad vitam aeternam …

Une heure auparavant, les deux femmes s’étaient installées, face à face, à une des tables en formica de ce bistrot aux murs laqués de bleu mat. La lumière blafarde des néons vieillis leur donnait un air plus fatiguées qu’elles ne l’étaient. Cela ne les gênait pas, elles ne s’en apercevaient même pas, plongées dans leur conversation. Par un fait étrange, elle avait des tenues similaires : jupe droite étroite, veste croisée stricte, petit chapeau en feutre rond. C’était étrange, car elles ne s’étaient jamais rencontrées avant les obsèques, la similitude de leurs vêtements devait être le trait visible de leur appartenance à une même famille élargie.

Elles devaient partager une chambre confortable, mais n’étaient pas arrivées à s’endormir. La chaleur de l’été, l’odeur de la peinture fraichement refaite, le bruit de la circulation, la respiration de l’autre dans le lit d’à côté : rien de cela n’était propice au sommeil. Aussi avaient-elles décidé de descendre au bar pour faire plus ample connaissance : n’était-ce pas, a priori, la volonté de la défunte ? Ne sachant pas par où commencer, et présentant que l’étalage de leur vie quotidienne serait d’une affligeante banalité, elles avaient choisi de se raconter un souvenir de jeunesse, un souvenir assez fort pour qu’il soit encore bien vivant dans leurs esprits…

Elles s‘étaient commandé chacune un irish coffee, Patricia, la plus jeune, bretonne, imitant Helen, la plus âgée, anglaise ayant des origines irlandaises. Leurs évocations avaient débuté par quelques généralités, suivies par une longue méditation partagée, enfin Patricia, s’était lancée :
J’avais sept ans. On était en Bretagne, sur une lande en bord de mer, ma tante, ma mère, mes deux cousins et moi. Il faisait beau, le soleil faisait chanter l’azur du ciel et le turquoise de la mer. L’herbe était piquetée de fleurs multicolores. Avec mes cousins on a décidé de faire chacun un bouquet, que des fleurs bleues et jaunes, pour offrir le ciel à nos mères …
Moi aussi c’était sur une lande, en Irlande. Pas en bord de mer, mais sur une colline, presque une petite montagne. J’y étais montée rejoindre le fils de la ferme. Pour apprendre à garder les moutons avais-je dit à mes parents. Mais c’est le berger qui m’intéressait en fait, j’avais quinze ans …
C’est amusant cette histoire de landes. Vous auriez choisi ce souvenir si je n’avais pas commencé moi aussi par une lande ?
Tu peux me dire « tu », au point où on en est. On est parties pour la nuit à discuter, il me semble … Oui j’aurais choisi ce souvenir, c’est celui qui me revient toujours à l’esprit quand je pense à ma jeunesse … Et toi as-tu conscience du pourquoi du choix de ton souvenir ?
Oui. On a fait de superbes bouquets et on les a offerts à nos mères. Elles nous ont félicités toutes les deux : c’est la seule fois où je me rappelle que ma mère m’ait félicitée …

C’est dur ce qu’elle venait de dire ! Helen ne fit pas de remarques, pour permettre à Patricia de se corriger, ou de développer sa pensée, mais seul un long silence  répondit au sien. Pourquoi la jeune femme avait-elle choisi ce souvenir ? Cela la touchait au plus profond d’elle-même, ouvrait une vieille blessure : elle aurait bien aimé avoir une fille à chérir et à féliciter ...

Et vous, heu toi, quels souvenirs gardes-tu de ce moment sur la lande avec ton berger.
Celui d’une amourette de jeunesse : on se croit amoureuse, on est prête à tout, et puis après c’est fini et on s’oublie …
Pourtant tu ne l’as pas oublié celui-là ! Pourquoi ?
J’ai gardé de lui une trace profonde, une trace dans mon corps et dans mon cœur. Une trace qui m’a hantée toute ma vie …

Le visage blanc, Helen se tut, but lentement quelques gorgées de son breuvage maintenant froid, le regard perdu sur l’enseigne rouge qui clignotait dehors. Elle resta longtemps muette, Patricia respectait cette pause, n’osant pas brusquer son ainée … Au bout de vingt minutes cela devint pesant, Patricia interrogea :
Dis-moi : c’est quoi cette histoire de trace ? Si ça te gêne ne répond pas ... Mais, après tout, on est là pour partager nos souvenirs. On aurait pu choisir les meilleurs, mais visiblement toi tu as choisi un des pires …
Elle n’avait pas tort ! Elle n’avait pas choisi cet épisode par hasard. Il lui était venu naturellement à l’esprit.  Elle eut conscience que s’il y avait un moment où elle allait pouvoir parler de tout cela à Patricia, c’était maintenant …
C’est vrai … Tu as raison. Mais c’est dur à dire …

Helen garda un nouveau silence, gênée, puis d’une voix hésitante se livra :
La trace, c’est que, là-haut sur la lande, couchés dans la mousse parmi la bruyère, ce chenapan m’a mise enceinte ! Bon, j’étais consentante bien sûr … Mais le résultat était là !
Alors comme ça tu as été maman à seize ans ! C’était une fille ou un garçon ?
C’était une fille … La larme à l’œil, Helen poursuivit d’une voix trébuchante. Mais je ne l’ai pas vue ! On me l’a prise à la naissance … Pour la donner à une femme qui n’avait pas pu avoir d’enfants. J’étais jeune : on m’a dit que ça serait mieux pour elle et pour moi …
Et ça n’a pas été le mieux à ton avis ?
 Non, bien sûr que non ! Depuis ce jour-là, j’ai vécu avec un bleu à l’âme, tous les jours de ma vie …
Un bleu à l’âme …
Oui, le blues ad vitam aeternam …

Olivier Grenoble

A suivre …

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30 avril 2016

Le Petit Chaperon Rouge amoureuse

TEXTE N°6

LES COMPLOTEURS CONTRARIES Conte

Le chasseur et la grand-mère étaient amis depuis longtemps. Ce jour-là, ils s'étaient installés au soleil sur un banc, devant la maison de la vieille femme, dans une riante clairière. Les deux compères devisaient avec entrain. Le coureur des bois était d’humeur joyeuse et parlait de choses et d’autres ; soudain, il remarqua l’air préoccupé de son interlocutrice :
- Que se passe-t-y ma commère ? Vous avez la mine bien souciteuse ?
- C’est pour ma petite-fille, le Petit Chaperon Rouge ! Elle commence à avoir des fréquentations …
- C’est d’son âge ! Il va bientôt vous falloir penser à la marier …
- Oui … Mais là elle s’est entichée d’un drôle de sire, Goupil ! Un voleur de poule sans ambitions honnêtes !

Le traqueur de gibier s’inquiéta : un mariage avec un animal ! Ça ferait un beau scandale dans toute la forêt ! Pas tant que ça, lui expliqua la grand-mère, il y avait un précédent ; l’arrière-grand-père de son gendre était un ours, mais il avait eu une bonne réputation, lui… Non, le scandale c’était ce renard ! Un fourbe ! Elle était sure qu’il n’en voulait qu’au poulailler de sa fille … Malheur !

Peiné par l’embarras de son amie, le chasseur proposa :
- Voulez-vous que j’lui parle pour lui faire entendre raison ? Après tout, elle m’aime bien la p’tiote. Elle m’connait depuis toute gamine, depuis c’te jour où vous étiez sans défense, malade au fond de votre lit, et elle encore ben imprudente …
- Vous êtes bien aimable mon compère ! Mais vous savez elle a bien grandi depuis ! Et pas qu’en bien ! Elle n’en fait qu’à sa tête…
- Je pourrais lui parler de tout ce que j’ai appris sur c’te sale type de Goupil. Dans mon métier, on finit par connaitre ben des secrets sur toutes ces satanées bestioles d’la forêt ...
- N’en faites rien ! Plus on dit du mal de ce bougre, plus elle s’en amourache… Non, l’idéal serait de lui faire comprendre qu’un mariage entre une femme et un animal a de forts risques de mal tourner … Mais, voilà, les jeunes ça ne pensent pas à l’avenir !
- Alors un bon coup de fusil ! On n’en parlerait plus !
- Surtout pas ! Elle nous en voudrait tous à mort ….

Ne sachant que répondre, le chasseur sortit sa pipe et fuma, songeur. La grand-mère, mélancolique, sirotait sa tisane, dans laquelle elle avait versé quelques gouttes de gnole, pour tenter de s’éclaircir les idées. Ils restèrent longtemps silencieux ... La vieille femme ridée avait les larmes aux yeux et son compagnon était bien attristé de ne pouvoir aider sa vénérée amie. Soudain, il eut une inspiration : une bonne peur ! Voilà ce qui remettrait la jeune fille sur le droit chemin ! Une bonne peur pour la dégouter à tout jamais des bestiaux … Comment n’y avait-il pas pensé avant ? Il exposa son plan à sa commère qui approuva. Il était génial ! Tout simplement génial ! Comment n’y avait-elle pas songé elle aussi ? Sa petite-fille allait voir ce qu’elle allait aller voir ! Et, alors, foin de Goupil…

Ils mirent leur plan à exécution. La vieille appela sa fille sur son portable pour lui dire qu’une galette au beurre et un petit pot de miel feraient le plus grand bien à ses rhumatismes et qu’elle devait demander au Petit Chaperon Rouge de les lui apporter le lendemain sans faute. Tant qu’à faire, la jeune fille amènerait aussi son flutiau : un peu de musique et un petit spectacle de danse lui remonteraient le moral, elle en avait bien besoin ! Le chasseur consulta internet pour localiser le Grand Méchant Loup, équipé depuis peu d’un collier GPS, et lui rendit visite au plus profond des bois. Il lui rappela qu’il lui devait un service, depuis le  jour où il l’avait aidé à se défendre contre cinq patous, le fauve s’étant imprudemment approché d’un troupeau de moutons. Méfiant, le loup lui demanda ce qu’il attendait de lui. Le plan du comploteur exposé, l’animal l’accepta avec un sourire. Faire peur, il savait bien faire ça ! En plus ça serait rigolo ! Il allait bien se régaler , ajouta-t-il dans sa barbe …

Le lendemain, aux aurores, le Petit Chaperon Rouge se mit en route. Elle partit tôt pour faire le détour par les prés, car elle voulait éviter au maximum de traverser les Grands Bois, toujours inquiétants. Mais, surtout, elle se dit qu’elle aurait ainsi une chance de rencontrer son Goupil adoré … Ayant trainé en route, elle arriva attristée chez la vieille femme, dépitée de ne pas avoir croisé son amoureux. Elle n’avait pas du tout le cœur à faire le clown, se plaignit-elle ... Bien que connaissant de puis longtemps la procédure d’ouverture de la porte, elle frappa doucement. Une voix énergique lui dicta le digicode, inchangé depuis des lustres, elle le composa, tira la bobinette, fit choir la chevillette et fut bientôt dans la pénombre. Là, elle découvrit sa grand-mère assise dans son fauteuil au coin du feu, juste vêtue d’un peignoir en soie.
- Ho, Mère-grand, que vous avez de grandes oreilles !
- C’est pour mieux apprécier ta musique ma douce enfant !
- Ho, Mère-grand, que vous avez de grands yeux !
- C’est pour mieux admirer ta danse ma douce enfant !
- Ho Mère-grand, que vous avez de grandes dents !
- C’est pour mieux savourer ta galette ma douce enfant !

Sans méfiance, l’innocente jeune fille tendit au loup la galette, tartinée de miel, et commença sa danse, s’accompagnant mélodieusement de son pipeau. Le fauve avala péniblement la friandise, vraiment pas assez saignante à son goût, il n’était pas fait pour c’t genre de pitance, se dit-il avec dégoût ... Puis, doucement, insidieusement, traitreusement, il laissa glisser le peignoir au sol. Une fois nu, il se leva d’un bond, dévoilant son corps animal velu à sa tendre victime ! Ce qu’ils se dirent ensuite ? Nul ne le sait ... Toujours est-il que, le dimanche suivant, les cloches sonnèrent à toute volée lorsque le Petit Chaperon Rouge sortit, radieuse, de l'église, en blanc pour une fois, au bras du Grand Méchant Loup, tout de noir élégamment vêtu ...

Le chasseur et la Grand-mère étaient bien marris ! « Les désirs de la jeunesse sont la loi de demain ! », leur claironna, moqueur, le coq du clocher …

Olivier Grenoble

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24 avril 2016

Tautogramme : que de R !!!

Texte N°4

De retour de Rome je me suis fait un petit délire en "R" ... en attendant un compte-rendu plus sérieux ( et avec des photos) !

RAMIGRANOBIS, LE RENARD ET LE RAT...

Raminagrobis Ronronnait des Ronflements qui Résonnaient Rudement dans mes Rêves, Rapidement cela Réveilla ! Je Râlai, puis Remarquai un Rongeur qui Rampait : Rapidement je Réussis à Remercier le Renard de ses Rugissements Rageurs contre le Rat !  Rassuré, je me Rendormis Ronchon ...

Pour passé humoristiquement le temps, Olivier Grenoble vous a proposé un petit exemple facile de tautogramme : à vous de voir si ça vous en inspire un aussi ...

A+

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20 avril 2016

RENCONTRE AU CREUX DU VIEUX CHÊNE

TEXTE N°5

RENCONTRE AU CREUX DU VIEUX CHÊNE


Un homme allait d’un pas lent sous le couvert d’une sombre forêt pris dans une rêverie nostalgique.  Arrivé dans une clairière il s’arrêta et se plongea dans la contemplation de la cime d’un grand chêne solitaire, qui se découpait dans le clair de lune. Puis, lentement, ses yeux descendirent le long du tronc noueux et finirent par s’arrêter sur une faille de l’écorce. Curieux, il s’approcha et découvrit de la main un passage vers le centre de l’arbre. Alors  il eu envie de pouvoir s’y glisser pour découvrir le secret du grand chêne …

N’écoutant que son instinct il appliqua le visage sur la fente. Alors il entendit une voix sourde qui l’appelait par son prénom ! Il força un peu pour entrer la tête entière dans le trou et, soudain, il sentit que son corps se faisait fluide et arrivait à s’engager totalement dans le passage resserré et il se retrouva dans un vaste espace contenu par le chêne …


Il leva les yeux et découvrit un ciel violacé qui éclairait, d’une lueur blafarde, la région où il était arrivé. Il contempla longuement l’étrange paysage qui l’entourait, tout en rochers multicolores de formes biscornues. Alors il vit un inconnu se diriger vers lui au centre d’un orage localisé qui semblait le suivre dans son déplacement rapide. L’homme sut immédiatement qu’il s’agissait d’un démon qui venait le chercher ! Mais, bien qu’il ait le cœur qui battait à tout rompre, il n’eut pas peur : enfin il allait vivre un moment extraordinaire pour rompre la monotonie de sa vie …

Olivier Grenoble

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16 avril 2016

REFUGE, REFUGE

TEXTE N°4

Haïku venu lors d'un petit tour dans le Vercors, en passant par les cabanes de Goupette et de Carrette

Carrette

 

REFUGE, Ô REFUGE ....

Frimas, vent, neige

Coin  du feu, soupe, lit chaud

Ô doux refuge !

Olivier Grenoble

 

 

Nota il y a une rime entre les vers 1 et 3, mais dans les haïku c'est assez inhabituel en fait.De même les sylables terminales en "ge" compte ici pour une sylable, mais elle pourrait ne pas l'être si on considérait que le "g ' " (prononcé "j " ) fait parti de la sylable précédente bien que prononcé, sur le modèle de "rime" prononcé "rim ' " avec un "m" peu appuyé le "e" étant dit muet ...

Ci-dessous un lien vers un CR de la ballade fait dans le site Rando-Trekking à mon habitude

Grand Pot - Goupette - Carrette - Darbounouse - Coinchette

 

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04 avril 2016

Le ciel est par dessus le toit, Paul Verlaine

Et hop un nouveau texte !

Encore un texte sur la prison ! Rassurez vous mon horizon ne va pas se limiter à ça ! Mais je n'ai pas pu résister à m'approprier ce beau poème écrit par Verlaine en prison, suite à un acte désespéré : peut être par ce que cela aurait pu m'arriver ?

Je me le suis approprié cette fois non pas en le rallongeant mais en le condensant sous forme de haïku, c'est à dire en trois courts vers ... A vous de voir si je ne l'ai pas dénaturé ! ( ce n'est pas un haïku pur question nombre de syllabes : je ferrai mieux la prochaine fois !)

Si vous ne connaissez pas l'original je vous mets un lien vers "le ciel est par dessus le toit" avec, en prime, une analyse du texte et son contexte. Un conseil d'esthète : lisez le poème plusieurs fois (en sachant qu'il a été écrit en prison) avant d'intelectualiser votre approche par l'analyse ( fort intéressante au demeurant).

Bonne lecture de ma version dans le message ci-dessous

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HAÏKU SUR VERLAINE EN PRISON

TEXTE N°2

Le ciel est, par-dessus le toit, Paul Verlaine.

Le bleu par-dessus le toit,
La rumeur de la ville,
Ta jeunesse perdue ?

Olivier Grenoble d'après Verlaine

Ou : Verlaine sous forme de Haïku ... qu'il me pardonne !

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03 avril 2016

PETIT HAÏKU DE PRINTEMPS

Texte N°3

Et hop un petit Haïku de printemps !

 

Crocus

Venue du printemps

 

Crocus éclatants

Oiseaux fous ivres d'amour

Et hop, meurt l'hiver !

 

Olivier Grenoble

 

 

Je vous ai proposé dans ce petit poème de printemps sous la forme d'un haïku improvisé en montagne le week-end dernier.

Si vous ne connaissais pas les haïkus je vous mets un lien vers cette forme d'ancienne poésie savante japonais, dont il existe maintenant une forme moderne plus libre (dont je m'inspire). Je vous propose aussi d'autres exemples de haïkus classiques japonais.

Personnellement j'ai retenue de ces règles assez ardues les suivantes assez "basiques" (mais les plus souvent admises en français) : 3 vers de 5, 7 et 5 syllabes et une référence à une "saison" (au sens poétique large japonais : moment de l'année, moment de la journée ou, même, un moment de la vie)

Je vous proposerai d'autres haïkus au grès de mes inspiration, car j'aime ces courts textes vite lu, qui méritent cependant d'être relus, vite lu mais pas si vite écrit que ça ( pour moi du moins !).

En attendant : bientôt un compte-rendu d'une petite rando dans les hauts plateaux du Vercors ...

 

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01 avril 2016

PRISON ET RENAISSANCE

TEXTE N°1

Et hop, enfin une première petite histoire... (republiée le 12/04, suite à un bug)

cette histoire est en quelque sorte un exposé sur ma philosophie de vie actuelle....

PRISON ET RENAISSANCE  ...

L‘homme, la cinquantaine, subit son existence plutôt qu’il la vit. Elle est principalement occupée à des tâches monotones, pénibles parfois même ; ses obligations lui mangent beaucoup d’énergie, depuis aussi longtemps qu’il s’en souvienne. C’est comme ça ! Il s’y est résigné depuis des années … Certes il lui arrive de croiser oiseaux, insectes, fleurs et enfants, mais il y prête peu d’attention ; ce sont de petites choses insignifiantes, fort loin de ses aspirations de jeunesse ...

Un matin on tambourine à sa porte. Six heures ! Qui est-ce ? Police ! Police ? Ce doit être une erreur : il va ouvrir, confiant, lui le citoyen modèle. Quatre hommes se jettent sur lui, le plaquent au sol, le menottent en lui hurlant dessus. Il se défend : c’est une erreur ! Il n’a rien fait... Un coup sur la tête ! Le noir. Un noir dont il ne sortira pas de si tôt…

Une énorme porte de fer, trempée d’humidité, couverte de traces de rouille ; depuis son sommet inaccessible au regard, une eau ruisselle jusqu’en bas. Les deux battants de la lourde porte s’ouvrent lentement ; au fur et à mesure que l’interstice s’élargit, les klaxons des voitures de la rue s’y engouffrent. Dans l’ouverture, les gratte-ciel masquent la lumière du soleil. Sirène continue des voitures de police.

La lumière, soudain revenue, l’éblouit ; l’homme cligne des yeux et vacille sous le choc des bruits retrouvés. Six mois ! Six mois enfermé dans ce cachot, noir, humide et insonorisé ! Six mois hors du temps ! Et encore il n’est pas sûr de son décompte, tenu à partir du rythme fluctuant de ses maigres repas, faute de contact avec la lueur du jour. Décompte précaire, mais primordial pour ne pas sombrer dans la folie…

Maintenant la vie va recommencer… La vie ou une autre vie ? Une nouvelle vie irriguée de toutes ces pensées étranges auxquelles il s’est raccroché pour survivre. Le chant fruste des mésanges, le vol incertain des papillons, la floraison, éphémère des coquelicots… Et le rire carillonnant des enfants ! Oui, il le sait, la vie a su l’attendre : cette fois il sera au rendez-vous …

Olivier Grenoble

Nota : le paragraphe en italique (celui du milieu) est tiré d'un texte : Gao Xingjian "Une canne à pêche pour mon grand-père - Instantané". Je me suis amusé à écrire un autre début et une autre fin. Allez savoir pourquoi j'ai transposé la scène dans une prison...

 

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